Awdellil est à ce jour le seul artiste marocain à avoir émergé grâce à Internet. L'auteur du mythique Messaoud a su user de tous les avantages de cette caisse de résonance à la sauce marocaine : anonymat indispensable vu la teneur très subversive et crue de son rap, et impact maximum auprès des amateurs de chat, activité principale des internautes marocains. Comment ? Eté 2003, les habitués des sites de téléchargement marocains du type mp3.morocco, découvrent Raw Daw le premier morceau balancé par Awdellil sur le Net. Les channels d'IRC, bondés de Marocains, commencent à voir s'échanger le morceau entre chatteurs. Effet tâche d'huile immédiat : les jours de plein feu, ces espaces 100% darija drainent jusqu'à 400 internautes, avec un turn-over digne d'une valse de walis. Awdellil parle vrai, Awdellil dit ce qu'il veut sans censure. Les Marocains s'y reconnaissent, le copient et le diffusent sur CD. Et comble du luxe, c'est libre de droit d'auteur, un joli pied-de-nez de Awdellil au débat sur le piratage des artistes au Maroc. Sur les forums, Awdellil devient une légende du Net marocain. Qui se cache derrière le masque de Zorro? Nul ne le sait. Des rappeurs en herbe profitent du mystère qui entoure l'identité du trublion, imitent son parlé cru, balancent leurs morceaux en téléchargement, se faisant passer pour le vengeur masqué. Pourquoi tant d'ersatz ? Awdellil, enfourchant Tornado, son fidèle étalon noir, a fracturé la porte du rap marocain émergent, aérant ce milieu très “ould nass” qui faisait du rap à écouter en famille. Shocking chez les “vrais” rappeurs : Awdellil dit de gros mots. Standing ovation chez les fans de rap : Awdellil parle comme nous. Aujourd'hui en retraite anticipée, Awdellil ne hennit plus sur Internet, mais son rap “explicit lyrics” aura ouvert la voie à Bigg et consorts.